Piment andin ancestral, le Rocoto (ou Locoto) est l'unique espèce domestiquée à fleurs violettes et graines noires. Adapté aux hautes altitudes froides, il défie toutes les conventions du genre Capsicum.
Le Rocoto appartient à l'espèce Capsicum pubescens, une lignée domestiquée bien avant l'ère inca, considérée comme la plus ancienne du genre après C. baccatum.
Des vestiges archéobotaniques retrouvés dans des tombes péruviennes âgées de plus de 2 000 ans témoignent de son usage rituel et gastronomique.
La domestication remonterait encore plus avant : des graines, des fibres et traces culinaires de piments apparentés ont été trouvées dans les grottes de Guitarrero (Ancash, Pérou), site pré-agricole majeur.
L'espèce fut décrite scientifiquement en 1799 par les botanistes espagnols Hipólito Ruiz López et José Antonio Pavón.
Ils furent frappés par ses caractéristiques aberrantes : feuilles pubescentes (poilues), fleurs pourpres et graines noires, inconnues chez les autres Capsicum.
Contrairement aux annuum/chinense/frutescens/baccatum, aucun ancêtre sauvage clairement identifié n'existe aujourd'hui.
Le Rocoto semble être un vestige génétique précolombien, préservé dans les hautes vallées andines où le climat tropical ne peut atteindre.
Durant l'époque coloniale et républicaine, sa culture ne s'est pas diffusée à basse altitude : le Rocoto souffre de chaleur prolongée et préfère 15–25 °C, ce qui a limité sa dispersion globale pendant des siècles.
Le Rocoto forme des gousses charnues, denses et juteuses, rappelant la forme d'une petite pomme ou d'une poire.
Leur paroi épaisse (proche d'un piment doux) emmagasine l'humidité : à la découpe on découvre une chair croquante, presque aqueuse, et ses graines noires.
Cette morphologie est sa signature : là où beaucoup de piments sèchent bien, le Rocoto se déshydrate très mal.
La palette aromatique est ample et surprend : on retrouve pomme verte, tomate fraîche, herbe coupée, parfois une pointe florale.
La chaleur est franche, directe, avec un pic rapide puis une chaleur persistante au palais.
Les fruits rouges sont généralement plus intenses que les jaunes/oranges.
En condition sèche, il supporte très bien le froid, voir le gel !